Andy Warhol’s Ingrid Bergman (1983) est une série réalisée en fin de carrière qui transforme l’icône suédoise du cinéma en une idole Pop. Les trois sérigraphies s’inspirent des films de Bergman, « The Bells of St. Mary’s », « Casablanca » et d’un portrait promotionnel de studio, réinterprétés avec les blocs de couleurs et les lignes de contour caractéristiques de Warhol. Réalisée dans l’orbite de ses séries « Marilyns » et « Liz Taylors » (Marilyns et Liz Taylors), cette série convertit l’actrice en un emblème reproductible, s’inscrivant dans l’interrogation plus large de Warhol sur la manière dont les médias de masse fabriquent, commercialisent et recyclent sans cesse la célébrité.
La série d'œuvres d'Andy Warhol consacrée à Ingrid Bergman a été commandée par la Galerie Börjeson à Malmö en 1983.
Initié par la Galerie Börjeson de Malmö, le projet a donné naissance à un portfolio très ciblé en hommage à la « chérie nationale » suédoise. Imprimée à New York par Rupert Jasen Smith et éditée peu après, cette commande souligne comment le système d'atelier de Warhol a pu traduire un hommage culturel local en une iconographie pop lisible à l'échelle mondiale, transformant un sujet scandinave grâce à la portée internationale de la Factory.
Le portfolio « Ingrid Bergman » comprend trois sérigraphies
Warhol a distillé l'image star d'Ingrid Bergman en trois estampes : The Nun et With Hat citent des photogrammes reconnaissables de films, tandis que Herself reprend le portrait réalisé en studio. À travers ces trois clichés, ils montrent comment la célébrité se construit à travers les rôles, la publicité et la mémoire. En nommant chaque estampe avec des titres factuels, Warhol démontre comment les procédés du Pop Art — la répétition, les couleurs vives et les contours nets — contribuent à la circulation de la célébrité.
« The Nun » reprend une image tirée du film « Les Cloches de Sainte-Marie » (1945).
The Nun est basé sur un arrêt-scène de The Bells of St. Mary’s. Le visage de Bergman est encadré par les lignes de la guimpe d'une religieuse, mais Warhol contrebalance cette austérité par des blocs audacieux de couleurs saturées. Des lignes délicates soulignent ses pommettes et ses lèvres, tandis que le ciel d’arrière-plan théâtralisé ajoute une intensité dramatique. Ces choix transforment les vêtements religieux en costume contemporain, suggérant le mélange emblématique de sainteté et de célébrité que l’on retrouve dans les derniers portraits de Warhol.
Avec Hat, un plan fixe du film Casablanca se transforme en icône glamour
With Hat est issu d'un plan du film Casablanca (1942). Le bord du chapeau de Bergman projette une ombre sur son visage, tandis que des aplats de couleur, plats et à fort contraste, font ressortir ses yeux et ses lèvres sur un fond sombre. En intitulant l'estampe simplement (et en omettant le nom du personnage, Ilsa Lund), Warhol déplace l'attention du rôle vers la star, soulignant ainsi la réflexion plus vaste de Warhol sur la manière dont les médias de masse fabriquent la célébrité.
Elle transforme un portrait promotionnel de studio en une méditation introspective
Basée sur une photographie publicitaire de studio, Herself est la pièce la plus sobre de la série. Elle se distingue de la performance des autres images en offrant un portrait réfléchi et contemplatif. Warhol superpose des formes et des teintes colorées avec des contours délicats, adoucissant le regard de Bergman et créant la forme sans utiliser de modelé traditionnel.
L'héritage cinématographique primé d'Ingrid Bergman en a fait un sujet idéal pour les portraits de célébrités du Pop Art.
Lauréate de trois Oscars et de deux Emmy Awards, et célèbre pour son rôle dans Casablanca, Ingrid Bergman incarnait la star internationale avec une grâce intellectuelle. Son visage — omniprésent dans les journaux, sur les affiches et à la télévision — fonctionnait déjà comme un logo mondial. La série de Warhol reconnaît cette diffusion intrinsèque : en s'appropriant des images fixes de films et des clichés promotionnels par la sérigraphie, il transpose sa carrière dans l'économie visuelle qu'il documentait, là où la culture, le commerce et la création d'icônes convergent.
Rupert Jasen Smith a réalisé les sérigraphies d'Ingrid Bergman à New York.
Réalisé dans l'atelier de Rupert Jasen Smith, le portfolio suivait le modèle de production établi par Warhol : source photographique, séparation des écrans, puis itération des combinaisons de couleurs à travers une édition. With Hat est connu avec une épreuve d'essai correspondante, qui révèle le processus de l'artiste pour affiner la palette et l'enregistrement afin d'obtenir un résultat émotionnel précis.
Les blocs de couleurs et la structure géométrique de Warhol transforment l'image de Bergman en une icône moderne.
Sur les trois planches, Bergman ne croise jamais le regard du spectateur. Ce regard détourné, mis en évidence par des rectangles de couleur vive, cultive le respect et le mystère – des qualités associées à la publicité classique hollywoodienne. Warhol exploite cette distance, utilisant les procédés du Pop Art pour suggérer une image moderne adaptée à une époque saturée d’écrans.
Le portfolio « Ingrid Bergman » fait partie des portraits de stars de cinéma classiques réalisés par Warhol.
Dès le début des années 1960, avec des figures comme Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor et Elvis Presley, Warhol a érigé la célébrité en genre artistique moderne. Ingrid Bergman reprend ce thème deux décennies plus tard avec plus de retenue : moins de panneaux et des palettes plus subtiles. Cette série se lit comme une continuité et une évolution de l'obsession de Warhol pour la culture de la célébrité, une déclaration tardive qui continue de traiter la notoriété à la fois comme sujet et comme système.
La série Ingrid Bergman a été créée un an après le décès de Bergman et quatre ans avant celui de Warhol.
Achevée en 1983, cette suite d'estampes rendait hommage de manière élégiaque à Bergman (décédé d'un lymphome en 1982), tout en étant créée peu avant la mort de Warhol lui-même (décédé en 1987). Ce contexte confère à la série un ton méditatif, exprimant le respect de Warhol pour l'actrice tout en contribuant au genre de l'icône de célébrité qu'il a aidé à redéfinir.
















